La rencontre qui nous a évité le pire dans la Puna argentine

Oct 11, 2026 | Argentine, Amérique du sud

Ce matin, le réveil nous laisse un peu chiffonnés. La nuit venteuse a marqué nos corps. Encore dans le lit, je déplace le tissu qui recouvre la fenêtre arrière de notre van aménagé. Sous mes yeux, la plaine saline du Salar d’Antofalla s’étend à perte de vue.

Cela fait deux jours que l’expédition sur les pistes de la Puna argentine a commencé. Deux petits jours seulement depuis que nous avons quitté l’asphalte pour partir seuls et en autonomie complète (notre itinéraire de 6 jours dans la Puna argentine). 

À plus de 3400 mètres d’altitude, tous nos repères sont chamboulés, même le temps semble s’écouler différemment.

Je ne comprends pas comment on peut se sentir si dépaysé. Est-ce l’isolement ? Depuis quelques minutes, le ciel a pris une teinte orangée. Peut-être la promesse d’une journée inoubliable. Quelques tours d’épaules et un café plus tard, bien emmitouflés dans ce froid matinal, nous admirons les premiers rayons de soleil inonder la vallée.

Prise de vue aérienne du van aménagé à côté des lacs d'eau salée dans le salar d'Antofalla, un désert de sel dans la Puna, une région du nord de l'Argentine

Nous reprenons la piste qui mène au village d’Antofalla, au pied d’une montagne ocre, où 40 âmes ont élu domicile. Partiellement abrités du vent, nous y trouvons un refuge et un petit-déjeuner revigorant. Cela nous donne le courage d’inspecter notre véhicule pour identifier un problème mécanique. Le voyant de pression d’huile moteur s’allume sporadiquement et nous inquiète. Après quelques contorsions sous le capot et une discussion avec un mécanicien en vacances, nous sommes rassurés.

Une rencontre inattendue

Alors que je discute avec Lena, je la vois saluer quelqu’un dans mon dos. Étonné, je me retourne pour apercevoir un Toyota Land Cruiser. À son bord, un couple de voyageurs nous salue en souriant. La voiture s’arrête et deux personnes en sortent pour venir à notre rencontre.

Nick a la peau tannée par le soleil. Ses cheveux blancs et longs lui donnent un léger air de crooner désargenté. Lillian est plus discrète et nous couve d’un regard bienveillant. Nous sympathisons autour de nos véhicules respectifs en échangeant les questions habituelles d’itinéraires et d’étapes.

Nick nous parle de son Land Cruiser et de leurs voyages autour du globe. Plusieurs dizaines milliers de kilomètres parcourus avec ce 4x4 équipé pour l’overlanding : tente de toit, aérations naturelles, pneus renforcés, tous les atouts pour se lancer complètement hors des sentiers battus. Nous entamons une discussion autour des cartes. Au bout d’un moment naît l’idée de faire un bout de route ensemble mais sans réelle décision.

Quelques heures plus tard, après notre expédition à la Laguna Verde et ses vasques phosphorescentes, Nick me demande de lui montrer notre itinéraire. Ni une ni deux, nous voilà tous les quatre dans notre van autour d’une infusion et d’une carte papier. La discussion vole entre les différents trajets possibles et des digressions tout à fait personnelles. Nous échangeons sur nos vies respectives. Ce sont les premières personnes qu’on invite à l’intérieur du van depuis le début de notre voyage. J’ai une amusante impression d’être dans un salon de thé en discutant avec de vieilles connaissances. Nous décidons de prendre la route ensemble le lendemain.

Photo du van aménagé et du Toyota Lancruiser devant le Cono de Arita

Deux Toyota à travers les plaines de la Puna

À 7h du matin, nous nous lançons sur une piste qui monte en zig-zag dans les montagnes arides. C’est notre premier convoi. Une sensation grisante nous envahit, celle de nous sentir plus forts, plus sereins. Ensemble, nous avalons des kilomètres de bonnes pistes. Après avoir monté un col et parcouru un long plateau d’altitude, nous redescendons vers le fameux Cono de Arita. Nous prenons le déjeuner au milieu du désert. Je prépare des œufs brouillés pour tout le monde. Lillian nous offre du beurre, un délice qu’on ne s’est pas offert depuis des mois. Nous finissons la journée par une route éprouvante. On est tous exténués.

Une conviction nous habite : les belles rencontres en voyage ont toujours une fin. Nick et Lillian ne sont pas sûrs de leur prochaine destination, et nous décidons de nous séparer. Nous laissons nos compagnons de route derrière.

Photo d'un Toyota Lancruiser sur une piste de la Puna en Argentine

Ce que la route nous envoie

Deux jours plus tard, nous achevons la traversée en arrivant dans la ville de San Antonio de Los Cobres. En cherchant un magasin pour nous approvisionner, quelle n’est pas ma surprise de voir Nick. Mon cœur se remplit de joie. J’ai l’impression de retrouver des amis de longue date. Avant de les quitter de nouveau, je lui fais part d’une inquiétude. La roue avant-gauche de notre van sort légèrement de son axe. Sans hésitation, Nick me dit qu’il faut la démonter. Nous nous rendons vers le parking de la pompe à essence et Nick enfile sa tenue de mécano pour m’aider.

Après quelques gouttes de sueur versées, sans même avoir desserré les boulons, nous réalisons qu’il y a un gros problème. Alors que nous nous inquiétions du voyant d’huile, la rotule avant-gauche s’était brisée. La roue n’était plus maintenue dans le bras de suspension que par le poids du véhicule. Une fois le van soulevé par le cric, une simple traction suffit à faire sortir l’ensemble du moyeu du bras de suspension.

Nick me regarde : « You’re bloody lucky to be here », me dit-il. Vous avez une sacrée chance d'être encore là.

Je prends une grosse claque. Les mains tremblantes, je rentre annoncer la nouvelle à Lena qui prépare à manger dans le van. Je ne peux pas m’empêcher de penser au concours de circonstances. Sans Nick, aurions-nous démonté directement la roue ? N’aurait-on pas été tentés de reprendre la route ? Ou peut-être que dans un virage du col descendu j’aurais roulé sur une pierre qui aurait fait sauter la roue, nous entraînant dans un accident ?

Plus de peur que de mal. Nick m’aide jusqu’au bout, allant même jusqu’à me conduire chez un garagiste. Nous nous retrouvons sur le parking de la pompe à essence. Je me sens vidé et fatigué, mais profondément heureux d’être là. Notre problème va se régler facilement. C’est le moment des adieux.

En écrivant ces lignes, en repensant à Lillian et à sa présence douce et rassurante, en revoyant Nick et son air de baroudeur, j’ai le sentiment que cette rencontre n’était pas un hasard.

Ce que cette aventure nous a appris

Avant de vous lancer dans ce genre d’expédition, nous conseillons de faire un contrôle chez un mécanicien (suspensions, rotules, roulements, jeu de direction). Voir également notre expérience dans la section « Et en cas de panne ? » de notre article sur la Puna. Nous avons également dressé une liste des éléments mécaniques essentiels pour un van aménagé dans notre article : Acheter un van au Chili pour voyager en Amérique du Sud : guide complet.

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